Molière (1622-1673) utilise les figures de style pour faire rire, mais aussi pour dénoncer. Dans ses comédies les plus célèbres — L’Avare, Le Tartuffe, Le Malade imaginaire — chaque figure sert un propos critique sur la société du XVIIᵉ siècle. Cette fiche analyse les quatre figures emblématiques de son théâtre.
1. Le chiasme ironique
Molière est le maître du chiasme — structure croisée AB/BA. Il l’utilise pour créer un effet d’ironie mordante et dénoncer les absurdités.
Exemple : « Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger » (L’Avare, acte III, scène 5, Harpagon). Le chiasme croise « manger/vivre » et « vivre/manger ». L’inversion montre que l’avare inverse l’ordre naturel des choses : pour lui, la vie est au service de l’argent, pas l’inverse.
2. L’hyperbole comique
L’hyperbole — exagération volontaire — est le ressort comique principal de Molière. Les personnages exagèrent leurs sentiments pour provoquer le rire, mais aussi pour révéler leurs obsessions.
Exemple : « Au voleur ! À l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge : on m’a dérobé mon argent » (L’Avare, acte IV, scène 7, Harpagon). L’accumulation d’hyperboles montre que l’avare vit la perte de son argent comme une mort.
3. L’accumulation
L’accumulation — juxtaposer de nombreux termes — sert à amplifier le comique et à peindre l’obsession d’un personnage.
Exemple : « Le poumon, le poumon, vous dis-je ! » (Le Malade imaginaire, Argan). La répétition du mot « poumon » accumule les plaintes du malade imaginaire, révélant son hypocondrie obsessionnelle.
4. L’euphémisme déguisé
Molière utilise l’euphémisme — atténuer une réalité brutale — pour critiquer l’hypocrisie et le langage des faux dévots.
Exemple : Dans Le Tartuffe, le personnage éponyme détourne le langage religieux pour masquer ses véritables intentions. « Couvrez ce sein que je ne saurais voir » (acte III, scène 2) : l’euphémisme pieux cache en réalité un désir inavouable.
Extrait analysé : L’Avare, acte I, scène 3
HARPAGON. — Hors d’ici, et ne répliquez pas. Allons, que l’on détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence.
LA FLÈCHE. — Je n’ai jamais rien vu de si méchant que ce maudit vieillard, et je pense, sauf correction, qu’il a le diable au corps.
HARPAGON. — Tu murmures entre tes dents ?
Ce qu’il faut retenir : En trois répliques, Molière emploie une accumulation d’insultes hyperboliques (« maître juré filou, vrai gibier de potence ») qui caractérise l’avarice irascible d’Harpagon. La métaphore « il a le diable au corps » suggère que l’avarice est une possession démoniaque. L’ensemble construit un portrait comique mais féroce de l’avare.
FAQ
Pourquoi Molière utilise-t-il autant le chiasme ?
Le chiasme permet une réplique brève, frappante et ironique, idéale au théâtre. Il résume en une phrase l’hypocrisie ou l’absurdité d’un comportement.
Quelle est la figure dominante dans L’Avare ?
L’hyperbole domine, car l’avarice poussée à l’extrême est elle-même une hyperbole vivante : Harpagon transforme chaque situation en drame démesuré.