La Fontaine et les figures de style

6 août 2026

By: Juliette Lagrange

Jean de La Fontaine (1621-1695) a révolutionné la fable en la transformant en véritable petite comédie. Ses figures de style servent un double objectif : plaire (le récit animalier) et instruire (la morale). Cette fiche analyse les quatre figures qui font le sel de ses Fables, avec des exemples commentés.

1. La personnification

La Fontaine attribue des traits humains — la parole, la ruse, la vanité — à des animaux. Cette personnification est le fondement même de la fable.

Exemple : « Maître Corbeau, sur un arbre perché, / Tenait en son bec un fromage. / Maître Renard, par l’odeur alléché, / Lui tint à peu près ce langage… » (« Le Corbeau et le Renard »). Les animaux portent des titres humains (« Maître »), parlent, raisonnent, flattent. La personnification permet une critique sociale sans nommer personne.

2. L’allégorie

Chaque fable fonctionne comme une allégorie : un récit concret représente une idée abstraite, dévoilée dans la morale.

Exemple : « Le Chêne et le Roseau » : le chêne, fort mais rigide, est brisé par la tempête ; le roseau, humble et souple, survit. L’allégorie illustre la supériorité de la souplesse et de l’humilité sur la force brutale. La morale est implicite dans le récit lui-même.

3. La périphrase élégante

La Fontaine remplace un mot simple par une expression plus développée pour donner de l’élégance à son vers.

Exemple : « L’animal aux longues oreilles » pour désigner l’âne dans plusieurs fables. La périphrase crée un effet d’attente, parfois ironique, et enrichit le bestiaire poétique.

4. L’antithèse

Les contrastes sont au cœur des Fables, entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, l’orgueil et l’humilité.

Exemple : Dans « Le Loup et l’Agneau » — « La raison du plus fort est toujours la meilleure » — toute la fable repose sur l’antithèse entre la force brutale du loup et l’innocence raisonneuse de l’agneau. La morale est une antithèse déguisée en maxime.

Extrait analysé : « Le Chêne et le Roseau »

Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau
Vous oblige à baisser la tête. […]
— Je plie, et ne romps pas. »

Ce qu’il faut retenir : L’allégorie fonctionne par accumulation de personnifications (le chêne parle, méprise le roseau). L’hyperbole (« un roitelet pour vous est un pesant fardeau ») souligne le mépris du chêne. La morale finale, « Je plie, et ne romps pas », est un chiasme implicite et une antithèse (plier vs rompre). La Fontaine concentre en un seul vers toutes les figures qui font sa force.

FAQ

Quelle est la figure de style la plus utilisée par La Fontaine ?

La personnification, car elle est le principe même de la fable : des animaux qui parlent et agissent comme des humains pour délivrer une leçon.

Pourquoi « Le Chêne et le Roseau » est-il une allégorie ?

Parce que le récit des deux plantes représente une idée abstraite : la supériorité de la souplesse et de l’humilité sur la force brutale.

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