Victor Hugo et les figures de style

6 août 2026

By: Juliette Lagrange

Victor Hugo (1802-1885) est l’un des auteurs les plus représentés dans les sujets du bac français. Son écriture, ample et contrastée, repose sur des figures de style puissantes. Cette fiche analyse les quatre figures emblématiques de son style, avec des exemples commentés et un extrait des Contemplations.

1. L’antithèse hugolienne

Hugo pense par contrastes. L’antithèse — opposer deux idées — est le moteur de sa poésie comme de ses romans. Elle exprime sa vision du monde, partagé entre ombre et lumière, grandeur et misère.

Exemple : « Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! » opposé à « Ô souvenirs ! automne ! hiver ! » dans « Melancholia » (Les Contemplations). Le premier vers évoque la jeunesse et l’espoir, le second la vieillesse et la mort. L’antithèse structure tout le poème.

2. L’anaphore oratoire

Hugo utilise l’anaphore — répéter un mot en début de phrase — pour donner du rythme et de la force à ses vers et à ses discours politiques.

Exemple : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; […] Ceux dont le front est blanc […] Ceux dont le cœur est bon… » : l’anaphore de « Ceux qui/ceux dont » martèle l’idée et donne un souffle oratoire au poème.

3. La métaphore filée

Comme Baudelaire, Hugo file la métaphore sur plusieurs vers pour créer une image cohérente et frappante.

Exemple : « La neige fait au nord ce qu’au sud fait le sable » — une métaphore qui associe deux éléments opposés (neige/sable) pour souligner l’universalité des paysages.

4. Le chiasme

Hugo affectionne le chiasme — structure croisée AB/BA — pour créer un effet de parallélisme élégant et rendre la pensée plus frappante.

Exemple : « Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu » (La Légende des siècles) : la structure croise « roi/chantait/bas » avec « haut/mourait/Dieu », renforçant le contraste entre la terre et le ciel.

Extrait analysé : « Demain dès l’aube » (Les Contemplations)

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Ce qu’il faut retenir : Hugo construit une métaphore filée du voyage pour parler du deuil (sa fille Léopoldine, morte noyée). Les verbes de mouvement (« je partirai », « j’irai », « je marcherai ») prolongent l’image sur trois strophes. L’antithèse finale — « le jour pour moi sera comme la nuit » — résume le poème : le poète est vivant mais plongé dans la nuit du deuil. L’anaphore de « je… » donne un rythme de marche funèbre.

FAQ

Quelle est la figure de style préférée de Victor Hugo ?

L’antithèse est sans doute la plus caractéristique de son style, car elle correspond à sa vision du monde en contrastes (ombre/lumière, bien/mal, grandeur/misère).

Pourquoi « Demain dès l’aube » est-il une métaphore filée ?

Parce que le vocabulaire du voyage (partirai, irai, marcherai, montagne, forêt) est développé sur tout le poème pour représenter le cheminement du deuil.

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