Charles Baudelaire (1821-1867) est l’un des poètes les plus étudiés au bac de français, notamment pour son recueil Les Fleurs du Mal (1857). Son style doit beaucoup aux figures de style, qu’il utilise de manière dense et novatrice. Cette fiche présente les trois figures emblématiques de son écriture, avec des exemples commentés et un extrait analysé.
1. L’oxymore baudelairien
Baudelaire maîtrise l’art de la contradiction. L’oxymore — associer deux mots de sens opposés — est sa signature stylistique. Il l’utilise pour exprimer la dualité de l’homme, partagé entre le Bien et le Mal.
Exemple : « Ô fangeuse grandeur ! Sublime ignominie ! » (« Tu mettrais l’univers… », Les Fleurs du Mal). Deux oxymores successifs : « fangeuse » (sale, vile) s’oppose à « grandeur », « sublime » (élevé) contredit « ignominie » (déshonneur). Le poète exprime ainsi la tension entre l’aspiration à l’idéal et l’attirance pour le vice.
2. La métaphore filée : « L’Albatros »
Baudelaire est le maître de la métaphore filée. Dans « L’Albatros », il construit une image qui court sur tout le poème : l’oiseau majestueux dans les airs, ridicule sur le pont du navire, représente le poète incompris par la société. Le champ lexical du vol (« ailes », « azur », « cieux ») s’oppose à celui de la terre (« planches », « brûle-gueule »), pour filer la métaphore du décalage entre l’artiste et le monde.
3. La synesthésie : « Correspondances »
Dans le sonnet « Correspondances », Baudelaire crée des correspondances entre les sens : « Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants, / Doux comme les hautbois, verts comme les prairies. » Il mêle l’odorat (« parfums »), le toucher (« chairs »), l’ouïe (« hautbois ») et la vue (« verts »). Ces synesthésies (ou métaphores sensorielles) sont une innovation majeure, reprise par les symbolistes.
Extrait analysé : « L’Albatros »
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Ce qu’il faut retenir : Baudelaire construit une métaphore filée sur trois strophes : l’albatros (comparé implicite au poète) est majestueux dans son élément (les airs = la création poétique) et ridicule au sol (la terre = la société). Les antithèses « rois de l’azur » / « maladroits et honteux », « si beau » / « comique et laid » renforcent le contraste. L’hyperbole « rois de l’azur » magnifie l’oiseau-poète, tandis que le terme familier « brûle-gueule » (pipe grossière) souligne la vulgarité des marins.
FAQ
Quelle est la principale figure de style utilisée par Baudelaire ?
L’oxymore est sa signature (« fangeuse grandeur », « sublime ignominie »), suivi de la métaphore filée (« L’Albatros ») et de la synesthésie (« Correspondances »).
Pourquoi « L’Albatros » est-il une métaphore filée ?
Parce que l’image de l’oiseau est prolongée sur trois strophes avec un vocabulaire cohérent (vol, ailes, azur, planches, brûle-gueule) pour représenter le poète dans la société, du début à la fin du poème.